• Portraits de rencontres

     

    Rencontres de personnes souffrantes en quelques visages

    Freddy D. 

    PORTRAITS DE RENCONTRES AU RWANDA

     J’ai accompagné la Mission 9 de l’Association Sarahmoon* au Rwanda, du 22 octobre au 27 novembre. J’y ai rencontré bien des personnes. A l’occasion de Noël, je vous en présente quatre visages qui m’ont marqué.

     

    Séraphine

    Elle vit seule à Nyagahanga dans une région pauvre du Rwanda, à 100 km au nord-est de Kigali.

    Il y a deux ans, elle a perdu deux jumeaux et a lutté courageusement pour s’en remettre. L’an dernier, elle était sur la bonne voie, travaillant dans l’atelier d’artisanat pour mères seules fondé par Chan au début de son action là-bas. Réconfortés, nous la quittions souriante et reconnaissante.

    Cette année, nous l’avons retrouvée abattue et mutique, ne levant même pas les yeux en nous saluant tristement. Un incendie avait ravagé sa cuisine, trouant les tôles de son toit. Il pleuvait à verse dans la pièce calcinée, à ciel ouvert.

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    Séraphine n’a pas le cœur à sourire sur le seuil de sa cuisine calcinée

     Comble de malheur, elle avait été battue par un homme qui la soupçonnait d’empoisonner sa parcelle. Son tort : s’être arrêtée un instant pour reprendre haleine devant cette maison en posant son lourd jerrycan d’eau, qu’elle est obligée d’aller chercher chaque jour au pied de la colline. 

    Sur l’insistance de Chan, elle s’est jointe aux mères célibataires et aux veuves de l’atelier et a confectionné quelques pièces que nous avons pu lui acheter pour notre marché de Noël en Belgique.

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    Séraphine s’est courageusement mise au travail

    Mais le poids de sa tristesse l’a empêchée de venir nous saluer lorsque nous sommes partis. Au moment des au-revoir, elle s’était éclipsée dans l’obscurité. Nous ne pouvions en rester là.

     Une opération « Un toit pour Séraphine » a été lancée sur le site de Sarahmoon. Elle nous a permis de récolter à ce jour près de 2.800 €, alors que, nous le savons par expérience, les frais de réparation s’élèvent au maximum à quelques centaines d’euros…Merci à Dieu pour la bonté des personnes qui ont donné généreusement. Qu’elles en soient bénies, car leurs dons fructifient en cascade :

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    Fabrice

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     Ce petit garçon des rues de 9 ans est venu vers nous à Gisenyi, habillé de guenilles et mendiant quelqu’argent. La gale dont il était couvert de la tête aux pieds l’obligeait à se gratter pour soulager ses démangeaisons, provoquant lésions et surinfection. Nous le menons au dispensaire où il est lavé et soigné. Il en sort avec les nouveaux habits que nous lui avons trouvés entretemps et l’emmenons se restaurer car il a le ventre creux.

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    La faim l’emporte momentanément sur l’immense fatigue de Fabrice sur le point de s’effondrer de sommeil dans le taxi

     Par traducteur interposé nous apprenons qu’il a fugué deux ans auparavant d’un village du bord du lac Kivu, à 50 km de là, quittant sa grand-mère paternelle pour se mettre à la recherche d’un papa qu’il n’avait vu qu’une fois et dont il savait juste qu’il était maçon à Gisenyi. Monté clandestinement à bord d’un bateau de marchandises pour cette destination, il erre dans les rues, dormant dans les fossés et les ruines. La maman a également disparu, loin vers l’est du pays, sans laisser d’adresse ni donner de nouvelles, abandonnant Fabrice à sa grand-mère dont il nous informe qu’elle est institutrice et qu’elle parle français. Nous décidons avec son accord de le ramener chez elle. Mais il veut d’abord retrouver une femme qui lui a promis 500 frw (50 centimes) à son retour du marché. Nous les lui donnons pour le rassurer et éviter de nous mettre en retard, car la route de montagne est longue et sinueuse. En chemin, il avale pop corn, sambusas et bouteille d’eau qu’il achète de sa propre initiative à un carrefour où nous faisons halte. Visiblement toujours affamé et aussi petit lutteur débrouillard. Il tombe de sommeil et ses yeux sont fiévreux, malgré les antibiotiques qu’il a commencé à prendre. Il ne résiste plus sur la banquette arrière du taxi et s’endort profondément, non sans sursauts d’alerte. 

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     La nuit tombée, il nous faut terminer les 10 derniers km du voyage sur un chemin de terre rocailleux en taxi motos, à la lumière sautillante des phares. Enfin nous arrivons. Malgré l’obscurité, Fabrice est vite reconnu par les habitants et sa grand-mère est appelée. L’accueil sans la moindre effusion mutuelle nous surprend. Elle a bu et son comportement tonitruant ne nous rassure pas. C’est bien elle pourtant. Devant nos réticences, elle proteste de son amour pour lui, nous promet de bien le soigner et nous donne son numéro de téléphone. Nous repartons, pleins de questions, non sans lui avoir laissé un peu d’argent pour soigner Fabrice.  Par la suite, elle nous informe qu’il dort beaucoup, prend bien ses médicaments et va de mieux en mieux. Et surtout qu’il a changé…Nous le pensons tiré d’affaire. Quelques jours plus tard, nous apprenons que Fabrice a quitté sa grand-mère sans crier gare et rejoint sa tante à Kibuye, au bord du lac. La grand-mère nous donne le nom et le téléphone du papa à Gisenyi. Nous l’informons et il accepte de recueillir son fils. Le petit, averti lui aussi, le rejoint à pied ! Pourtant quelques jours plus tard Fabrice quitte son papa et disparaît encore… 

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    Pour reparaître à nouveau : certains l’ont croisé dans les parages avec d’autres enfants de la rue. Aristide le rencontre et le ramène à l’école après avoir averti le papa. Père et fils se retrouvent. Le petit est fermé et le papa, sur la défensive, parle fort, coupe la parole à Chan, insiste sur la personnalité incontrôlable de Fabrice et la nécessité de lui administrer des médicaments pour le calmer. Interrogé, Fabrice avoue avoir été frappé, contrairement aux affirmations de son père. Moment de vérité…le papa éclate en sanglots.

    Chan les amène tous les deux sur une natte où ils s’asseyent ensemble. Le petit s’est détendu et mis à jouer, tout en jetant parfois un regard sur son papa qui pleure…un enfant comme un autre lorsqu’il est face à la vulnérabilité d’un parent. Chan emmène Fabrice au tableau où ils dessinent et écrivent. Fabrice écrit son nom. Le père le rejoint, fier de voir que son fils sait écrire. Il écrit le sien à côté de celui de Fabrice. Il lui montre les habits qu’il lui a apportés en lui disant qu’il n’ira pas travailler et restera avec lui le lendemain. Quelque chose s’est passé. L’enfant s’est laissé apprivoiser. Le père et le fils repartent ensemble à la maison. Emotions, espoir, questions, incertitudes, prières se bousculent dans le cœur de Chan. Il va falloir de temps en temps rendre visite à ces deux-là dans les prochains jours.  

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    Assumpta

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    Orpheline, 19 ans, elle se retrouve mère seule avec deux jumeaux qu’elle n’arrive pas à allaiter car elle est elle-même affamée, sans ressources et sans toit. L’abbé Jean-Baptiste, de la paroisse de Nyagahanga, l’a prise sous son aile et nous a demandé de la soutenir en lui fournissant du lait et des sacs de manioc et de riz pour qu’elle se nourrisse correctement. Il nous a également demandé une aide de quelques mois de location pour la loger enfin décemment dans une maison où elle est chez elle. Les enfants  ont cessé de dépérir et se portent mieux.

    Grâce à son diplôme de coiffeuse, elle pourra gagner sa vie. Nous l’avons équipée d’outils de base pour ouvrir un salon dans la maison de deux pièces où elle habite désormais.

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    Assumpta, le regard encore un peu perdu,

    redémarre dans la vie

    Une forme de revanche sur le destin de Séraphine désenfantée, grâce à qui nous avons aussi pu aider Assumpta et ses deux jumeaux.

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    Vestine

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    Vestine est femme d’ouvrage à notre petite école Saint François d’Assise de Gisenyi. Elle vit seule avec ses 7 enfants et sa maison se réduit à deux pièces en murs d’adobe (briques d’argile séchée) dont la surface totale ne dépasse pas les 15 m² ! Le sol est en terre battue. De plus le toit de tôle fuit par endroits et l’oblige à replier son matelas durant les averses, y compris de nuit… 

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     Vestine nous accueille chez elle dans sa maisonnette en briques d’adobe.

     L’idée de doubler la surface de sa maison en englobant sa petite cour nous vient après lui avoir rendu visite. Le devis d’une reconstruction complète de sa maison agrandie, incluant une nouvelle charpente, un nouveau toit, le cimentage du sol, un faux plafond, l’électricité, un cimentage intérieur et extérieur des murs, la pose de trois fenêtres et d’une porte métalliques garnis de barreaux

     Aussitôt dit, aussitôt fait. La famille est relogée dans une maison voisine et les travaux commencent mi-novembre. Le 12 décembre, tout est terminé et Vestine, rayonnante de bonheur, accueille Chan et l’équipe de bénévoles de l’école dans sa nouvelle maison. Une heure aura suffi pour déménager. Il faut dire que le mobilier se réduit à sa plus simple expression.

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     Déménagement tous ensemble à la nouvelle maison

    Dieu ne m’a pas abandonnée, sourit-elle. Bienvenue chez moi, vous êtes chez vous…  

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    Dernières nouvelles de Séraphine

    Pour des raisons qui nous échappent, les travaux de rénovation de la cuisine de Séraphine (à 200 km) tardent. Rien n’est mis en œuvre à ce jour et les relais sur place restent silencieux.

    Il va falloir que Chan et Aristide s’y rendent bientôt pour faire enfin avancer les choses. Heureusement, un voyage est déjà programmé pour y superviser la rentrée des classes en janvier.            

    Paradoxe : celle par qui tout a commencé et grâce à qui Fabrice, Assumpta et Vestine ont pu recevoir sera la dernière à trouver une place… comme à Bethléem.

     

     

    SUITE DE NOS TROIS JEUNES

    LE DESTIN D' ERIC, ALINE, MOISE.....

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    * Sarahmoon-Enfantslune (ASEL) est une association fondée par Chan en mémoire de sa fille unique Sarahmoon, décédée d’un cancer à l’âge de 20 ans en 2009. Elle promeut l’enseignement maternel pour les enfants pauvres du Rwanda où Sarahmoon est née.

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